Parfois, la politique doit rester un jeu !

Après le cinéma, après la télévision, voilà que le monde du jeu vidéo commence lui aussi à s’intéresser à l’univers politique. De plus en plus de game designers planchent en effet sur des projets de jeux, parfois appelés newsgames, qui donnent au grand public les moyens de jongler avec le pouvoir et l’actualité internationale.

En octobre 2016, une game jam a par exemple été organisée au sein de la rédaction de Mediapart. Des équipes associant des journalistes politiques à des game designers avaient 48 heures pour imaginer des jeux en lien avec le monde politique. C’est à cette occasion qu’a été pensé Canards actuels, un jeu dans lequel le gamer est un patron de presse qui, par ses choix éditoriaux, tente de manipuler l’opinion et de favoriser l’élection de son candidat préféré.

Dans un tout autre style, plusieurs jeux ont décidé d’aborder des sujets moins caricaturaux et plus épineux, comme la vie difficile des réfugiés. Dans Endgame : Syria, le joueur se retrouve dans la peau d’un Syrien fuyant le conflit et dont l’objectif est d’atteindre l’Europe coûte que coûte. Derrière cette fiction interactive mise en ligne par le journal anglais The Guardian, l’idée est de transmettre de l’information aux joueurs sur le quotidien des réfugiés et les difficultés qu’ils rencontrent. Le jeu vidéo devient alors un objet placé à mi-chemin entre le divertissement et le serious game.

Sauf que c’est sans doute là que se trouve l’écueil de ces nouveaux formats : avant toute chose, le jeu vidéo doit rester ludique. Et pour qu’il le reste, un élément fondamental doit être conservé, c’est la liberté absolue du joueur de faire ce qu’il veut de sa partie et de son personnage. Concrètement, cela signifie que le joueur doit pouvoir prendre – volontairement ou non – de mauvaises décisions et accepter de déclencher des crises sociales ou diplomatiques graves. C’est ainsi que le joueur va apprendre, s’approprier les informations et aiguiser son sens politique. On se souvient de SimCity et des révoltes que certaines décisions du maire provoquaient chez les administrés. Or dans certains cas, sortir du politiquement correct paraît difficilement compatible avec les sujets dont l’actualité est à la fois brûlante et douloureuse, comme c’est le cas pour les réfugiés.

Conduire un pays ou une ville implique de prendre des décisions sur des sujets nombreux, qui se croisent et parfois s’opposent. Dans la vie réelle, et malgré ce que l’on peut penser du personnel élu, diriger est d’une complexité inouïe. Il n’empêche que le jeu vidéo politique doit offrir la liberté d’agir à celui qui tient la manette. Cette liberté est en tout cas un élément fondamental de la manière dont nous avons conçu The Architect – Paris. Le joueur, en charge de construire le Paris de demain, prendra ses propres décisions. Certaines pourront être farfelues, voire totalitaires, mais ce seront les siennes et il devra en accepter les conséquences. C’est de cette façon, et de cette façon uniquement, que les problématiques d’un vrai city builder pourront être comprises.

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Expériences immersives : il faut s’inspirer des jeux vidéos

Depuis plusieurs années, la notion d’expérience immersive suscite un intérêt grandissant. On parle d’expérience immersive dès lors que l’on plonge un utilisateur dans un univers virtuel qu’il connaît – ou est capable d’identifier – et qu’on le sollicite en lui demandant d’interagir avec cet univers (en s’y déplaçant, en remplissant une mission, etc.). Si la réalité virtuelle est l’une des manifestations les plus évidentes de l’expérience immersive, elle n’est toutefois pas la seule : d’abord parce qu’un environnement virtuel n’est pas forcément une représentation de la réalité, ensuite parce qu’il est tout à fait possible de créer le sentiment d’immersion en utilisant un écran, une souris ou une manette.

Pour qui propose un environnement immersif, l’intérêt est de pouvoir observer le comportement d’un utilisateur. Bien sûr, il faut pour cela créer les conditions de cette immersion. S’il est tout à fait possible de simuler la conduite d’un véhicule grâce à des touches de claviers, la capacité d’immersion sera en revanche beaucoup plus grande si on donne un volant à l’utilisateur. En bref, immersif ne signifie pas seulement créer un environnement virtuel de qualité mais également penser la manière dont l’utilisateur va interagir avec lui.

En travaillant sur des visites virtuelles, la question de cette immersion s’est assez rapidement posée. Comment la personne se déplace-t-elle ? Comment doit-on positionner les éléments les uns par rapport aux autres ? Sur quoi faut-il cliquer pour déclencher une animation ? Il y a quelques temps, nous avons modélisé un showroom pour la marque MINI à l’occasion de la sortie d’un nouveau design de leurs véhicules. Plusieurs utilisateurs se sont baladés, depuis leur écran, à travers le showroom. En observant leurs comportements, les responsables de la marque ont découvert vers quelles voitures leurs clients se dirigeaient naturellement et cette observation a permis de les renseigner sur l’appréciation du nouveau design mais aussi sur la meilleure manière de disposer les véhicules dans le showroom, de déterminer un nombre idéal de voitures présentées, etc.

On le comprend, les utilisations de l’expérience immersive représentent un sujet à la fois passionnant et encore très ouvert. Avec l’arrivée de la réalité virtuelle, il semble que des modes de connexion avec des environnements 3D soient en train de s’enrichir. Ce dont nous sommes convaincus, c’est que les entreprises devraient s’inspirer davantage de ce que font les jeux vidéos. Aujourd’hui, ces derniers ont atteint une maturité d’interconnexion avec les environnements 3D particulièrement riche. Ils ont cessé d’imiter le cinéma pour développer leur propre langage. En donnant aux joueurs le sentiment d’être au cœur de l’action, ils sont devenus capables de transmettre des émotions, de créer de l’empathie. L’utilisateur est maître de ce qu’il voit, de cequ’il veut faire. Développer cette expérience est une occasion de rendre les environnements 3D plus performants encore. C’est en tout cas ce à quoi nous nous attelons.